LES LANCES FLAMMES de Rachel Kushner


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Chronique rédigée par

Trad: F.Smith

Nous sommes en 1977. Reno a la vingtaine, elle vit pour la moto, la vitesse et pour l’Art. Au cours d’une course de vitesse durant laquelle elle voulait se faire photographier en pleine action pour capter sur pellicule les traces laissées par ses pneus sur le sable, elle est victime d’un accident et part pour New York. Elle y rencontre Sandro, issu d’une richissime famille d’industriels italiens, qui lui ouvre les portes du monde artistique de Soho alors en pleine émergence, et l’emmène en Italie, au plus fort des années de plomb. 

Un roman très moderne et très riche, mêlant reportage sur l’effervescence des années soixante-dix à New-York et réflexion sur le sens à donner à son existence. Le portrait donné par l’auteur du monde des courses de motos, de l’avant-garde artistique et des mouvements extrémistes de l’époque (comme les Motherfuckers, lanceurs de bombes installés dans un squat de la 10ème Rue), ou de l’Italie bourgeoise et de celle des activistes est presque un documentaire.
Au travers de ce cadre, le regard d’abord candide de Reno sur l’engagement artistique et politique va s’approfondir. Au fil des expériences et des rencontres, échecs, tromperies et désillusions, vont l’amener à expérimenter la liberté d’être soi-même, et la nécessité d’avancer en dépit des doutes. La vitesse, si bien décrite par Rachel Kushner qui a elle-même pratiqué la moto, devient la parfaite métaphore du mouvement, de l’élan actif permettant d’évoluer. S’il fallait retenir une seule phrase de ce livre, ce serait la dernière (enfin, les deux dernières !): « Partir, sans réponse. Passer à la question suivante ».
Les amateurs d’art et de moto, les fans des années soixante-dix se retrouveront dans leur univers. La lecture est facile, en dépit du peu de dialogue et de la densité des chapitres, car l’auteur a su doser descriptions, impressions de l’héroïne, et action. Et l’énergie, l’ébullition, la flamboyance des seventies psychédéliques nous restent à l’esprit longtemps après avoir refermé ce livre.

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