VOYAGE de Sterling Hayden


Editeur :
Chronique rédigée par

Trad: A.Bories
Pour Nicolas Ray, il fut Johnny Guitare, pour Stanley Kubrick le général fou envoyant ses bombardiers nucléaires arroser les steppes soviétiques pour préserver les « fluides corporels » du monde libre. Il tint aussi de nombreux autres rôles dont, sans doute, le plus chaotique, fut pour lui celui d’être humain dans la vie réelle. « Voyage » son unique roman, entrelace dans une toile narrative foisonnante une multitude de vies et de destins croisés dans l’Amérique de 1896.
L’axe principal du récit est le voyage inaugural et dantesque du quatre-mâts barque d’acier le »Neptune’s car » dernier né de l’armateur Banning Blanchard. Mené par un équipage hétéroclite (pour partie recruté par des procédés douteux en des endroits douteux), il doit rallier, gorgé de charbon, Freeport (Maine) à San Francisco via l’incontournable cap Horn. En contrepoint, la fille de
l’armateur, pose ses délicats petons à bord du yacht l’Atalanta qui doit mener sur l’autre rive du Pacifique un échantillon de la « young gentry » américaine afin d’observer une éclipse de lune
au Japon.
Embarqués en « Voyage », vous visiterez des lieux antagoniques : salons huppés, bouges à matelot, officines de politiciens, bureau d’armateur, passerelles de navires, poste d’équipage… pour y croiser une faune toute aussi bigarrée : armateur énigmatique, riches oisifs, mondaines écervelées, marins déclassés, capitaines sadiques, politiciens véreux, syndicalistes altruistes… Parfois de simples silhouettes caricaturées, parfois des personnages autrement complexes. Parmi eux émerge en filigrane la figure de Simon Harwar, frère d’âme de Sterling Hayden avec lequel il partage, outre un goût exubérant pour les breuvages alcoolisés, fêlures intimes et tourments secrets.
L’écriture sait se moduler au gré du flot narratif : ironie cinglante dans la description des pantins mondains, réalisme des scènes maritimes, truculence des dialogues, force de la
suggestion….
Épopée maritime, vaste fresque sociale et politique, roman d’une culpabilité, « Voyage » est, dans tous les sens du terme, un livre unique. En guise d’épitaphe pour Sterling Hayden, j’écrirai
:
Il n’en écrivit qu’un, mais ce fut celui là.

 


par Loic

Je partage l’avis de Jacques,ce roman puissant et engagé est sans doute le meilleur roman maritime que j’ai lu au cours des 2 ou 3 dernières années.

Il ne faut pas omettre les deux co-éditeurs et le traducteur car celle ci est excellente.

 

 

 

 


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VOYAGE de Sterling Hayden:
Ed: Rivages et Payot           Trad: A.
Bories   &nbsp …