ABORIGENES ET PEUPLES INSULAIRES textes rassemblés par M.Langton & R.Perkins


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Sous-titré « une histoire illustrée des premiers habitants de l’Australie », ce gros ouvrage raconte, à-travers la plume de nombreux historiens australiens contemporains, le choc entre deux civilisations.

Les cultures sans doute les plus anciennes au monde, celles des aborigènes et des insulaires du détroit de Torrès se trouvent brusquement, à la fin du XVIIIème siècle, envahies et écrasées par l’arrivée des impérialistes les plus puissants du monde, les Britanniques. Toute l’originalité du livre, magnifiquement illustré, tient à sortir des points de vue d’ethnologues ethnocentrés, et à laisser entendre la parole des « vaincus » eux-mêmes, qui, en réalité, n’ont pas baissé les bras, et reprennent en main leur destin.

Les rapports entre les occidentaux et les aborigènes sont particulièrement violents et destructeurs : il s’agit non seulement d’un ethnocide, mais d’un génocide.

Le point de vue officiel des envahisseurs est celui de la « terra nullius » : tout comme le feront les sionistes à l’égard des Palestiniens un siècle plus tard, les nouveaux maîtres estiment que cette terre n’était pas mise en valeur, pas vraiment occupée, et par là-même nie tout lien entre ce peuple et sa terre, et jusqu’à l’existence de ce peuple. On peut donc s’approprie ses terres, déporter massivement ses habitants, les éliminer. Et c’est bien ce qui se passe.

Tout comme en Amérique, les Européens – dont une partie est la lie de leurs sociétés –  arrivent massivement, et repoussent et massacrent allègrement les peuples premiers, constituent des réserves, inventent des lois qui écrasent, nient, effacent la réalité de l’Histoire.

Tout comme aux USA ou en Afrique du Sud, les « noirs » sont minorisés, villipendés, méprisés, séparés : un régime d’infantilisation, de domination et d’apartheid est rigoureusement appliqué.

Le racisme  va jusqu’à la théorie de « l’absorption biologique », manière ultime, après avoir extirpé leurs terres, leurs croyances, leurs langues, leurs cultures, de faire disparaitre toute trace ultime des peuples aborigènes…

La violence à l’égard des peuples premiers australiens est donc extrême et ne connait aucun répit pendant deux siècles.

Mais une poignée de ces femmes et de ces hommes a su, au-delà de toute cette horreur, prendre son destin en main, se réapproprier ses valeurs culturelles, se battre sur le plan juridique : Koiki Mabo réussit en 1992 à faire plier l’Etat australien sur les bases de sa législation foncière. La reconnaissance des aborigènes et des peuples insulaires de l’Australie est en marche, juste revanche de l’Histoire…

Un livre magnifique, poignant, qui ne saurait laisser insensible, même si la traduction de l’anglais laisse à désirer.

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